« C’est zéro », « déception » : les réactions à chaud au budget Girard
Le ministre québécois des Finances, Eric Girard, a déposé mardi après-midi à l'Assemblée nationale son 7e budget dans un contexte inédit de guerre commerciale avec les Américains. L’équipe de Vivement le retour, menée par Laurie Dufresne, a rassemblé autour de sa table quelques invités pour en faire l’analyse et le commenter à chaud.
Chroniqueur à l’émission, David Dupuis, responsable des programmes de premier cycle en économique à l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, s’est joint au président de la Fédération québécoise des municipalités, Jacques Demers, au Dr François Roy, médecin de famille et au directeur des projets et des partenariats à la Fédération régionale des OBSL d’habitation de la Montérégie et de l’Estrie, Martin Bécotte.
Voici un condensé de leurs propos :
Q- En quelques mots, qu’est-ce que vous retenez du budget?
R - Dr François Roy : Déception. Principalement en lien avec le fait que le budget va à peine réussir à maintenir le réseau comme il est actuellement. On ne voit pas vraiment de potentiel d’amélioration ou d’innovation au niveau du réseau. Même au niveau des infrastructures, il y en a plusieurs qui sont en attente. Déception.
R - Martin Bécotte : C’est zéro. Zéro dollar pour la constitution de nouveaux logements sociaux. Zéro nouvelle unité à construire dans l’avenir, à planifier, à développer pour répondre à l’énorme crise du logement que l’on vit actuellement. Dans un contexte de crise tarifaire, de l'investissement dans l’économie, ça aurait été une façon vraiment efficace de créer de l’emplois partout au Québec.

Martin Bécotte est directeur des projets et des partenariats à la Fédération régionale des OBSL d'habitation de la Montérégie et de l'Estrie.
Photo : Radio-Canada / Éric Carbonneau
R - Jacques Demers : Complètement en accord avec ça. On avait une opportunité, il me semble de réinvestir plus. Dans le monde municipal, beaucoup moins d’argent encore pour les infrastructures, dans une période où tout coûte plus cher. Ça devient un levier. Quand on aide le monde municipal, le municipal met des sous. Là, on va être obligé de prendre du recul et tomber dans nos infrastructures essentielles, c’est-à-dire, l’eau, l’aqueduc, plutôt que d’être dans les logements.
R - David Dupuis : On a un retour à l’équilibre budgétaire prévu en 2029-2030. On a une croissance économique probablement beaucoup plus forte que ce que l’on va vivre dans les faits. On a une hypothèse d’un 10 % de tarif seulement sur deux ans, alors qu’il y a beaucoup d’incertitude. Mon gros enjeu, c’est qu’il a été probablement écrit à l’encre invisible, dans le sens où le 2 avril, on va devoir probablement refaire l’exercice. On est dans une incertitude incroyable. Je pense qu’on est optimiste du côté du gouvernement, au moment où on se parle. J’entends mes collègues dire qu’on n'en fait pas suffisamment.

L'économiste David Dupuis croit « qu'il y aurait probablement eu plus d’espace pour être plus agressif encore dans un projet de construction d’un Québec fort », dans le budget provincial. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / ANDRÉ VUILLEMIN
Q - Avant le budget, plusieurs élus avaient tous dit qu’ils voulaient du logement, c’est donc une déception?
R - Jacques Demers : L’impact est tellement là. Peu importe la forme, il manque de logements de façon générale. Puis ce que l’on nous présente, je ne vois pas de quelle façon on vient en ajouter. [...] C’est un gouvernement qui se retire des investissements importants qui auraient pu se faire dans le monde municipal. Oui, on parle de logements mais d’infrastructures sportives. Il y avait pour 2,7 G$ de projets de ce côté-là, il n’y a pas 300 M$ pour le faire. On comprend qu’il y a bien de grands projets qui ne seront pas là. C’est ce qui va frapper le plus l’économie, parce que c’est de l’argent, c’est de la vie, c’est vraiment de l’économie qui tourne réellement et que l’on met de côté. C’est pas mieux l’an prochain.

Jacques Demers, président de la Fédération des municipalités du Québec, préfet de la MRC Memphrémagog et maire de Sainte-Catherine-de-Hatley, a participé à la table ronde de Vivement le retour.
Photo : Radio-Canada / Éric Carbonneau
Q - On a parlé d’une augmentation de 3 % des dépenses en santé. Est-ce que ça veut dire plus de services?
R- Dr François Roy : À mon sens, et le ministre de la Santé l’a avoué, ça va signifier une baisse de services à la population. Tout simplement parce que pour maintenir le réseau en place avec l'augmentation des coûts que l’on connaît, le 3 % ne sera pas suffisant. Il va falloir que quelque chose soit faite et [ça va se rendre] à couper au niveau des soins aux patients. Donc, au lieu d’un maintien ou d’une amélioration, on va parler d’une baisse.

Dr François Roy, médecin de famille, a participé à la table ronde de Vivement le retour quelques minutes après la présentation du budget provincial.
Photo : Radio-Canada / Éric Carbonneau
Q - Un déficit de 236 milliards de dollars, quel impact ça peut avoir sur notre vie, demain matin?
R - David Dupuis : Je ne m’inquiète pas trop de ce côté-là. Heureusement, le Québec a encore de l’espace. [...] On parle d’un chiffre astronomique au moment où on se parle, c’est du jamais vu, c’est un record
. Le problème, c'est qu’on oublie la capacité de payer. [...] Dans le contexte actuel guerrier, ce n’est pas dramatique, il y a de l’espace au niveau de la dette nette. [...] Je rebondis sur ce que j’entends autour de la table, il y aurait probablement eu plus d’espace pour être plus agressif encore dans un projet de construction d’un Québec fort.
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